Paris. Louis Vuitton – Spring/ Summer 2011. Une approche de l’esthétique « camp ».
Critiques

« Je ne pense pas qu’il existe une chose telle que le bon goût, ou le mauvais goût. » Marc Jacobs, Backstage

Pour ce défilé, un de ses derniers pour Vuitton, Marc Jacobs décrit son travail comme largement inspiré d’une contre-culture des années 1960. Un choix pour la marginalité donc, à travers ce clin d’œil à l’esthétique dite camp, et qui parait forcément plus que jamais dans l’air du temps, aux vues de l’attrait nouvellement constaté pour le mauvais goût, le kitch, le laid.

Si la collection date d’il y a cinq ans, elle n’en a pas moins d’intérêt, notamment du point de vue de ce que Jacobs apporte à la réflexion sur la mode. En s’attachant aux propos de Susan Sontag, propos tirés de son essai Notes on camp[1], Marc Jacobs pour le printemps/ été 2011 reste fidèle à lui – même, et surprend.

Car alors que le minimalisme, l’épure, la sobriété dominent, – deux ans de crise financière à échelle mondiale n’ont guère laissé de place à l’allégresse – lui se tourne vers l’exubérance, l’indécence et la profusion des références.

Le décor d’abord : d’un kitsch particulièrement étonnant pour une Maison comme Vuitton. Des rideaux de fils, noir et or de part et d’autre du podium, des tigres empaillés, des peaux de félins au sol. De fausses colonnes à pilastres, un sol en faux marbre. Un parti pris – étonnant – pour la pacotille.

 

« Je ne pense pas qu’il existe une chose telle que le bon goût, ou le mauvais goût. »[2]

 

Il en va de même pour les silhouettes. Une inspiration éclectique, mêlant l’univers du cirque, ou du goût pour les safaris du XIXème, on ne saurait trop trancher, bien que chacune de ces deux influences soient concomitantes. En effet, dès le XVIIème siècle, explorant et cartographiant l‘Afrique, les Européens se laissent insidieusement influencer par les cultures locales. Les safaris se faisant de plus en plus nombreux, on rapporte fréquemment en Europe si ce n’est des trophées de chasse, des animaux que l’on enferme dans des ménageries (avant que ne naissent les parcs zoologiques).

Car effectivement, les intérêts des européens vont se jouer dès lors en Afrique : en 1798 Bonaparte part en expédition au Maghreb, puis en Egypte ; en 1830 a lieu la guerre franco-maghrébine qui aboutira à la colonisation, en 1862 se tient l’exposition Universelle en France, occasion pour faire découvrir aux métropolitains leurs colonies et enfin, en 1869 on inaugure le canal de Suez, facilitant dès lors les voyages vers l’Asie.

L’art n’est pas en reste : l’orientalisme XIXème des peintres Postimpressionistes se devine dans ce goût affiché pour les japonaiseries. Le portrait d’Emile Zola peint par Manet l’atteste ; sur cette toile, l’écrivain pose aux côtés d’un paravent japonais, et d’une estampe d’Utagawa Kuniaki II, affirmant ainsi son goût, et celui de son époque, pour l’Asie.

L’art déco, l’art nouveau, le Paris des années 1920, toutes ces congruences se retrouvent dans ce travail de Jacobs, dans une volonté de rompre radicalement, esthétiquement, avec d’une part ce qu’il avait pu faire auparavant (lors de la saison dernière son travail était très minimal) et avec une idée commune du goût, ou au moins française, celle du less is more. Rappelons que Vuitton est une Maison française, bien que ses clients le soient de moins en moins.

La lecture est donc rendue difficile par une telle abondance de codes du passé. Ce que l’on constate au cours de ce défilé, c’est un syncrétisme des influences. Et des problématiques concomitantes entre peinture et mode. Chez les peintres, comme chez nombre de couturiers, formes, couleurs et lumières se répondent et forment la thématique principale de la création. Ici, l’accent est clairement mis sur la couleur, et sa façon de prendre la lumière (d’où un grand nombre de matières différentes). Les sujets de recherches de l’art pictural et des arts appliqués se rejoignent plus qu’on le croit. C’est ce que l’on constate ici-même.

 

[1] Notes on camp, Susan Sontag. Reprint. 2001

[2] Marc Jacobs, Backstage

 

 

For this show, one of Vuitton’s last, Marc Jacobs describes his work as largely inspired by a 1960s cons-culture. A choice for marginality, through this wink to aesthetics called camp which seems in tune nowadays, with the views of the newly found attraction to bad taste, kitsch and ugly.

If the collection took place five years ago, it is still of interest, especially from the point of view of what Jacobs brings to cogitations on fashion. By focusing on Susan Sontag, more precisely on one of her essay Notes on camp, Marc Jacobs spring / summer 2011 appears to be faithful to the spirit of the Maison Vuitton – and surprises us.

While minimalism, refinement and sobriety dominate – two years of worldwide financial crisis left no place for joy – it turns to the exuberance, indecency and profusion of references.

The first scene is particularly surprisingly kitsch for a house like Vuitton. Strings curtains, black and gold on both sides of the podium, stuffed tigers, tiger skins on the floor. False columns with pilasters, false marble floor. A strange – and astonishing – bias for junk.

« I don’t think there is such a thing as good taste or bad taste. »

 

It’s the same for figures. An eclectic inspiration, mixing the world of the circus, or taste for nineteenth century safaris, a mix of each of theses influences are concomitant. Indeed, from the seventeenth century onwards, exploring and mapping Africa, Europeans were insidiously influenced by local cultures. Safaris were more and more frequent, and hunters brought back to Europe hunting trophies, or animals locked in menageries (born prior to zoos).

Indeed, European interest in Africa and Asia keeps growing since that time: in 1798 Bonaparte started an expedition in Maghreb and Egypt; in 1830 the Franco-Maghrebi war ended colonization, in 1862 the Universal Exhibition was held in France, creating opportunities for metropolitans to discover colonies and finally, in 1869 the Suez Canal was inaugurated, facilitating travel to Asia.

Art is no exception: the orientalism of nineteenth Post-impressionists painters reveals a taste for Japanese things. The portrait of Emile Zola painted by Manet attests to it ; in this painting, the writer poses with a Japanese screen and a print from Utagawa Kuniaki II, affirming the sense of taste for Asia in the 1900 century.

Art Deco, Art Nouveau, the Paris of the 1920s, all these congruences are mixed in this work of Jacobs, in a desire to break radically, aesthetically, first with what he could do before (during last season his work was very minimal) and second with a common idea of taste, or at least a French one, that less is more. Nevertheless, Vuitton is a French fashion house, while its customers are less and less.

Reading is made difficult by such an abundance of codes of the past. What we see in this show, is a syncretism of influences. And concomitant problems between painting and fashion. Among painters, as with many couturiers, shapes, colors and lights meet and form the main theme of creation. Here the focus is clearly on the color, and how to play with light (hence a large number of different materials). The research topics of painting and fashion design come together more than people think. This is what we see here.

Mais précisément ce que Jacobs met au point c’est un goût pour l’éclectisme, une tendance à la disharmonie : les cheveux sont courts et les mèches plaquées sur le front. On coiffe sur le côté, la bouche laquée. Le rythme est soutenu : trois mannequins par passage. Les tenues sont lamées, la couleur vive et sourde : violet, jaune, vert. Un goût affiché pour l’atmosphère orientale, aux couleurs saturées, intenses, franches et aux variations multiples qui tranchent avec l’utilisation répandue alors, des demi-teintes, et de la monochromie.

 

« Le Camp est fondamentalement ennemi du naturel, porté vers l’artifice et l’exagération. »[1]

 

On observe un mélange des matières, comme autant de signes évocateurs de voyages et de comptoirs orientaux : soie, lurex, sequins, coton. La silhouette est scindée par une large ceinture de smoking, très années 1920. Cols mandarins, coupes orientalisantes pour les vestes. On retrouve les grands principes décoratifs de l’imaginaire japonais : le contraste entre symétrie et asymétrie, les larges aplats de couleur et le souci de la décoration pure.

Des impressions d’animaux exotiques tels que les pandas apparaissent sur des tuniques voluptueuses, robes en zèbre rayé, tailleurs – pantalons en soie sur lesquels on aperçoit au dos l’impression de motifs animaliers, tels que les girafes. Les robes sont très érotiques, d’inspiration chinoise cette fois, et fendues haut sur la cuisse. On retrouve la toile monogramme LV créée par George Vuitton en 1896, dont la présence discrète s’affiche sur la peau, par de longues jupes en résille transparentes, portées sur des culottes de marins, taille haute.

Des tailleurs bleus outre-mer, des robes au décolleté travaillé et profond, imprimées de fleurs rouges et roses, une allusion aux peintres de paysage très en vogue à la fin XIX début XXème et possiblement à l’attrait de Monet pour les fleurs. Les robes lorsqu’elles ne sont pas imprimées sont frangées, style Charleston, faisant irrémédiablement penser à Joséphine Baker, à la fois années folles et art déco. Le tout, extrêmement sophistiqué.

La marque, axée originellement sur la seule bagagerie, coïncide avec cette période de fastes et d’explorations du XIXème. L’ère industrielle a permis la création puis la démocratisation des moyens de transport, alors révolutionnés par la machine à vapeur (locomotive à vapeur, bateau à vapeur, etc.). Cela permet de comprendre un tant soit peu la justesse de cette collection à l’apparence trop éclectique, trop fouillis, qui au fond renoue avec l’imaginaire de sa fondation : la bagagerie, les voyages, l’ailleurs.

 

« Je voulais un glamour outrancier, des vêtements pour une femme extravertie ; des chinoiseries, une inspiration années 1920, tout ce que Paris représente »[2]

 

Néanmoins, au regard de la présence mondiale de Louis Vuitton, et du développement conséquent vers l’Asie depuis les années 2000, on a pu entendre dire qu’il pourrait être ici question d’une collection hommage, aux nouvelles clientes venues des pays émergents. Quoi qu’il ne semble guère probable que la cliente asiatique souhaite réellement se parer de vêtements inspirés des traditions nippones, auquel cas elle n’irait pas chez Vuitton, marque on ne peut plus occidentale, pour s’habiller.

 

[1] L’œuvre parle, Susan Sontag. Christian Bourgeois, 2010.

[2] Marc Jacobs, Backstage.

 

 

But precisely what Jacobs is developing is a taste for eclecticism, a tendency to disharmony: the hair is short and strands of hair plated on the front. Hait is styled on one side, the mouth is lacquered. Rhythm is nippy, three models per pass. The outfits are spangled, bright and in dull color: purple, yellow, green. We perceive a taste for oriental atmosphere, color-saturated, intense, frank and multiple variations contrast with the widespread use of midtones and monochrome.

 

« The camp is basically natural enemy, worn to the artifice and exaggeration. »

 

There is a mixture of materials, such as signs suggesting trips and oriental counters: silk, lurex, sequins, cotton. The figure is divided by a wide cummerbund, very 1920s. Mandarins collars and orientalizing cuts for jackets. We can also see large decorative principles from Japanese imagination: the contrast between symmetry and asymmetry, large flat areas of color and the concern for pure decoration.

Impressions of exotic animals such as pandas appear on voluptuous tunics, zebra stripes on dresses and suits, and print animal motifs such as giraffes can be see on the back of silk trousers. Dresses are very erotic. Chinese inspiration split up high on the thigh. We find the LV monogram canvas created in 1896 by George Vuitton, whose discreet presence appears on the skin, with long skirts transparent fishnet, brought on marine pants, high waist.

Blue tailors overseas, dresses worked at the neckline with deep printed red and pink flowers: an allusion to landscape painters in vogue in the late nineteenth / early twentieth and possibly the fondness of Monet for flowers. The dresses, when they are not printed are fringed Charleston style to make us unmistakably think of Josephine Baker, both Roaring Twenties and Art Deco. The whole is extremely sophisticated.

The brand, originally focused on luggage, coincides with this period of pomp and exploration which characterize the nineteenth century. The industrial era has permitted huge transformations regarding transport, revolutionized by the steam engine (steam locomotive, steamboat, etc.). This helps to understand a little bit the correctness of this collection, which seems too eclectic, too much clutter, which basically resurrects the imagination of its foundation: luggage, travel, elsewhere.

 

« I wanted outrageously glamorous clothes for an outgoing woman, chinoiserie, inspirations from the 1920s, all Paris represents »

 

Nevertheless, in view of the global presence of Louis Vuitton, and development to Asia since the 2000s, going faster and stronger, we can think that this collection could be a tribute to new customers coming from emerging countries. Nevertheless, it seems that the Asian customers don’t really want to buy clothes inspired of Japanese traditions, in which case they would not go to Vuitton to dress.

« Le Camp, c’est une expérience du monde vu sous l’angle de l’esthétique. Il représente une victoire du « style » sur le « contenu », de l’esthétique sur la moralité, de l’ironie sur le tragique. »[1]

 

Inspiré par Sontag, et son essai de 1964 s’évertuant à définir le terme camp, Jacobs tente de dynamiter l’esthétique raisonnée – trop raisonnable – que l’on a pu connaître depuis des décennies, en prônant un goût pour l’exubérance, en totale opposition aux mouvements anti-fashion, de l’arte povera ou encore du No-logo. Son parti pris : l’hédonisme.

Ce que Jacobs souhaitait faire passer au sein de cette collection c’était un certain modèle d’esthétique. Une façon de voir le monde comme un phénomène sensible, où l’idéal n’est pas la beauté, mais un certain degré d’artifice, de stylisation, débarrassé de la politique et du sérieux des mouvements 1990’s, et cela en toute désharmonie. Plus que les vêtements, c’est une ode à l’exubérance, à l’outrance, à la démesure.

Quant au Postimpressionnisme, dont Marc Jacobs s’inspire en partie, il est loin d’être un style unitaire. Mais son hétérogénéité ne pouvait que séduire un Jacobs qui, auréolé de succès, s’offre un peu de liberté, en ayant bien en tête que les ventes de maroquinerie représentent plus de la moitié du chiffre d’affaire. Le défilé faisant dès lors davantage office d’événement sans conséquence, que d’une présentation de collection aux enjeux décisifs.

Entendu ainsi, cette collection, située entre engouement pour l’opulence et addition de styles prolixes, peut se comprendre comme ce qui pourrait jeter les bases d’un style nouveau, où le phénomène, l’attitude exprimée compte plus encore que la recherche approfondie sur le style.

Reste à savoir si Jacobs a fidèlement reproduit ce que décrit Sontag en parlant de camp. S’il est vrai que la définition de cette esthétique n’est pas très claire, c’est qu’elle est en fait le résultat de plusieurs sens, tant le terme oscille entre mauvais goût, plaisir de l’exagération, provocation, décrivant le camp avant tout comme une attitude esthétique, très théâtrale.

Bien avant Sontag, en 1954, le romancier Christopher Isherwood décrivait dans Le Monde au crépuscule[2] les degrés de cette esthétique si particulière, dans un dialogue entre deux personnages homosexuels. L’un y faisait la distinction entre camp mineur et camp majeur. Un exemple du premier serait un travesti en Marlene Dietrich; pour définir le second, le protagoniste précise:

 

«L’art baroque est dans une large mesure une vision camp de la religion. Le ballet est une vision camp de l’amour».[3]

 

La différence se situant alors entre la simple apparence et l’apparence mêlée de manières, d’une attitude affectée, voire théâtrale dans certains cas. Ce que l’on constate pour l’heure, c’est que ce défilé n’est pas kitsch en lui-même et encore moins camp, mais surfe sur une tendance qui est moins aujourd’hui l’affaire des élites cultivés que de la masse.

Rappelons qu’il s’agit d’un terme emprunté au français, que la bonne société américaine des années 1960 – et non la middle class – utilisait afin de définir les milieux gais, lesbiens, travestis et transgenres, qui selon eux, « se campaient » dans des attitudes (non naturelles), théâtrales, too much et hyper sexualisées. C’est ainsi que la culture LGBT s’est forgée, les individus ciblés prenant le parti de contrer cette critique en s’appropriant le germe de leur stigmatisation, afin d’en faire un adjectif esthétique et revendicatif.

Lorsqu’on songe que ce propos tente de dénoncer l’hypocrisie de la culture dominante, hétéro-normée et bourgeoise, et que l’on fait le rapprochement avec la Maison Vuitton, ses clients,  ses valeurs, on ne peut que constater un décalage, avec ce qu’explique Sontag.  A savoir une culture revendiquant une identité sexuelle, de manière ironique et flamboyante, dissimulant à peine une situation assez dramatique (stérilisation forcée, exclusion, mise à mort…)

Sous des airs superficiels, ce choix esthétique est au fond très distancié et porte un regard acerbe sur la société. Il s’agit de définir une entité, celle d’une contre-culture où l’individu, devant la nécessité de la revendication face aux autres, à une certaine idée de la sexualité, du genre et de la stéréotypie, se pense davantage en tant que posture, qu’en tant que sujet. L’excentricité adoptée par cette minorité défend la singularité d’une identité construite au-delà des modèles dominants.

[1] Ibid.

[2] Le Monde au crépuscule, Christopher Isherwood. Fayard, 2013.

[3] Ibid

 

 

« Camp is an experience of the world from the perspective of aesthetics. It’s a victory of « style « over » content », aesthetics on morality, irony on tragic. »

 

Inspired by Sontag and his 1964 essay, striving to define the term camp, Jacobs tries to dynamite reasoned aesthetic – too reasonable – we have known for decades, advocating a taste for exuberance, in total opposition to anti-fashion movement, of arte povera or No-logo. His bias: hedonism.

What Jacobs wanted to convey in this collection was a certain aesthetic model. One way to see the world as a significant phenomenon, where the ideal is not beauty, but a degree of artifice, of stylization, free of politics and the seriousness of the 1990’s movements, and this in complete disharmony. More than the clothes, it’s an ode to exuberance.

As for Post-Impressionism, which is the main inspiration of Marc Jacobs here, it’s far from a unitary style. But its heterogeneity could only seduce Jacobs, crowned with success, offering himself a bit of freedom, having in mind that the sale of accessories account for more than the turnover. The show being more a simple event, showing the magnificence of the brand, than a presentation with key challenges.

In this way, this collection between opulence and passion for prolix style, can be understood as what could lay the foundations for a new style, where the phenomenon, the attitude expressed is even more important than depth research on style.

The question is to understand if Jacobs faithfully reproduces what Sontag describes in his conversation on camp. The definition of this aesthetic is not clear, and that’s because it’s actually the result of several senses, as the term is between bad taste, pleasure exaggeration, provocation. In fact, we can describe camp as an aesthetic attitude, very theatrical.

Long before Sontag, in 1954, the novelist Christopher Isherwood described in Le Monde this aesthetic as something special, in a dialogue between two gay characters. This dialogue describes a distinction between major and minor camp. An example of the first would be a transgender in Marlene Dietrich; to define the second, the protagonist says:

 

« Baroque art is largely a side view of religion. The ballet is a side view of love. « 

 

The difference was made between simple looks and a mannered appearance, an affected attitude, even theatrical in some cases. For our concern, what we see at the moment is that this parade is not kitsch itself, much less camp, but is riding a trend which is a trend today in cultivated elite.

Remember that this is a term borrowed from French that good American society of the 1960s – not the middle class – used to identify gays backgrounds, lesbians, drag queens and transgender people, which they referred to as, « camped » in attitudes (not natural), theater, and too much hyper sexualized. Thus the LGBT culture has been forged, individuals targeted taking the party to counter this criticism by appropriating the germ of stigmatization, in order to make an aesthetic and protest against and with the original adjective.

When we understand that this conversation over “camp” tries to denounce the hypocrisy of the dominant hetero-standardized upper-class culture, and if we make the connection with the Maison Vuitton, its customers, its values, we can only note a shift with what Sontag tries to explain. Namely a culture claiming sexual identity, ironic and flamboyant manner, hiding just a pretty dramatic situation (forced sterilization, exclusion, killing…)

Despite superficial tunes, this aesthetic choice is basically truly distanced and carries a scathing look at society. The goal is to define an entity, a cons culture where the individual, to the need to claim against the other, to a certain idea of sexuality, gender and stereotyping, find himself being more a posture, than a subject. The eccentricity adopted by this minority defends the uniqueness of an identity built beyond the dominant models.

Ambigu, affecté, le camp est également une notion relativement évanescente, ce qui rend difficile sa compréhension : entre comédie et performance, être au monde et définition de soi, dès le moment où cette sensibilité devient codifiée et maîtrisée, elle se teinte de stéréotypes et perd son appartenance à la contre-culture. Elle ne saurait de ce fait supporter la normativité d’un défilé lambda.

Pour en revenir à Jacobs, pour qui la sensibilité est aujourd’hui trop rationnelle, et ne laisse guère de place à l’individualité, on pourrait lui reprocher exactement ce qu’il dénonce. A savoir une prise de risque non consommée, un travail très classique et un show normé, obéissant à tous les codes de la mode actuelle. Ainsi si Jacobs se réclame de Sontag, ce n’est qu’alors en partie. Il suffit de revenir aux textes de Sontag pour constater que le travail du designer pour ce défilé reste très calibré et loin des débordements, de l’outrance, auxquels on aurait pu s’attendre.

 

« Dans une culture dont le dilemme classique est l’hypertrophie de l’intellect au détriment de l’énergie et du développement des sens, l’interprétation est la revanche de l’intellect sur l’art. […] Le plus important maintenant est de recouvrer nos sens. Nous devons apprendre à voir davantage, à écouter davantage, à sentir davantage. »[1]

 

Jacobs se tient à la limite seulement de la démesure. En effet on peut encore considérer son travail avec sérieux, et de ce fait, ne pas le cantonner à ce champ esthétique du camp, dont il a voulu s’inspirer pour sa collection. Et qualifier ses extravagances de simples tentatives. Bien que certaines silhouettes ne laissent que peu de doutes quant à l’outre-mesure de ses choix stylistiques, et de sa volonté de rompre avec un travail rationnel, plus classique et minimal, certaines autres sont assez harmonieuses pour tempérer le reste de la collection.

Outre les choix stylistiques, ce qui lui a échappé, c’est le sérieux du camp, très revendicateur et particulièrement politique. Bien que la forme soit inévitablement superficielle et foncièrement excessive, le fond quant à lui est bel et bien profondeur et surtout revendicatif.  On ne peut se réclamer du camp sans prendre position. On aurait donc volontiers imaginé un show moins calibré et plus surprenant, au moins un tant soit peu contestataire, laissant entendre quelque clameur… Tel n’a pas été le cas.

Avec de telles références, on aurait pu également s’attendre à une mise en scène au sein de laquelle les filles présentes auraient joués des codes du camp : le  swish, ou l’usage de superlatifs (amazing ! fabulous !) ou encore le drag ou cet excès de féminité des silhouettes très féminines, aux talons très hauts, au maquillage très prononcé, et à la sihouette quelque peu masculine, empruntant ainsi à ces hommes qui se travestissent la nuit venant, accompagné d’une théâtralité qui aurait pu tendre au burlesque…

Il faudrait ajouter à cela, sans vouloir accabler Jacobs, qu’un Gaultier, prenant le risque de faire défiler des mannequins plus ou moins hors norme, et cela à presque chaque collection de sa Maison, se rapproche davantage d’une esthétique camp, voire d’une contre-culture, un tant soit peu à la marge, qu’une série de filles filiformes, répétant une démarche et des gestes que l’on retrouve tout au long de la fashion week, toutes capitales confondues.

L’effet souhaité, ou si tel n’est pas le cas, les références intellectuelles données par Jacobs lui-même, ne semblent que trop peu correspondre au résultat, trop peu exploitées, non pas mis à mal mais bien trop effacées.

Une démarche louable donc, si elle avait abouti. Jacobs tente de désacraliser le luxe à travers une esthétique de la décadence, qui tire un tant soit peu sur le camp, sans vraiment l’assumer clairement. De surcroît, il tâche de rompre avec un rationalisme trop austère, aux enjeux trop politiques, en adoptant une esthétique qu’il a pu penser frivole mais à la profondeur et aux enjeux indéniables. Jacobs se retrouve à mésuser d’une contre-culture plus revendicatrice qu’il n’a sans doute dû le croire lorsqu’il s’afférait à sa collection. Reste qu’une collection Vuitton est toujours une collection de très grande qualité, de loin une des plus intéressantes de la fashion week. En vertu de cela, le travail de Jacobs, des petites mains, et de l’ensemble des équipes de manière générale, est bien sûr toujours excessivement attrayant.

 

[1] Against interpretation. Susan Sontag. Picador, first edition.

Photo copyright Gianni Pucci / GoRunway.com

 

Ambiguous, affected, the camp is also a notion relatively evanescent, making it difficult to understand: between comedy and performance, being yourself and self-definition, from the moment this sensitivity becomes codified and controlled, it becomes tinged with stereotypes, losing the consculture spirit. That’s why it can’t support the normativity of an average parade.

Going back to Jacobs, for whom sensitivity is now too rational, and leaves almost no place for individuality, we could blame him for exactly what he is denouncing. That is to say broken promises, a work too classic and a standardized show, obeying to all current fashion codes. So if Jacobs claims camp spirit, it’s in a superficial way, almost disrespectful, regarding to contents. We just have to go back to the texts of Sontag to find that the designer’s work for this show is still very far from the calibrated and overflows, the excess, which we might have expected.

 

« In a culture whose classical dilemma is the hypertrophy of the intellect at the expense of energy and development of meaning, interpretation is the revenge of the intellect upon art. […] The more important now is to recover our senses. We must learn to see more, to hear more, to feel more. « 

 

Jacobs is at the limit of excess. Indeed we can still consider his work seriously, and not confined to the aesthetic field camp, from which he wanted to draw inspiration for his collection. We could qualify his extravagances as simple attempts. Although some figures leave no doubt about the extent of his overseas stylistics choices, and his willingness to break with rational work, more classic and minimal, some others are harmonious enough to temper the rest of the collection.

Despite the stylistic choices, which Jacobs eluded was the seriousness of camp aesthetics, the show is particularly claimant and close to political issues. While the shape is inevitably superficial and fundamentally excessive, the background is deep and especially assertive. We can’t claim from camp without taking a position. We would therefore imagine a less calibrated and surprising show, at least a little bit rebellious, suggesting some clamor… This was not the case.

With such references, we could also expect a show in which girls have played with camp codes: the swish, or use of superlatives or drag (amazing! fabulous!) and this excess of femininity from very feminine silhouettes, with very high heels, mixed with a masculine gait, borrowing from drag queens, with theatricality that tends to burlesque…

We should add that without overwhelming Jacobs,  Gaultier does take the risk of scrolling more or less unconventional models, and that in almost every collection of his house, he is closer to camp aesthetic or cons culture, at the margin, than Marc Jacobs engaging spindly girls, repeating a process and gestures that are found throughout the fashion week, any Maison or bran altogether.

The desired effect or at least intellectual references given by Jacobs himself, don’t seem to match the result. It is not exploited enough, not undermined but too erased.

A laudable approach, if it had succeeded. Jacobs tries to desecrate luxury through an aesthetic of decadence, which borrows a little bit from camp without really owning it clearly. In addition, he tries to break a too austere rationalism to political issues too, adopting an aesthetic that he could think frivolous while it’s more depth than he seems to think.

Jacobs finds himself misusing this cons culture, more claimant than he has probably believed when he was designing the collection. Nevertheless, it remains that a Vuitton collection is always a collection of high quality, by far the most interesting of the fashion week. With all this, the work of Jacobs, artisans, and of all the teams in general, is of course always exceedingly attractive.

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